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jeudi 19 mai 2016

L'orangeraie


L'orangeraie
Larry Tremblay

Éditions Alto
159 Pages


Les choses ne font jamais leur temps, les vivants sont toujours plus lents que les morts. Les hommes dans notre pays vieillissent plus vite que leur femme. Ils se dessèchent comme des feuilles de tabac. C'est la haine qui tient leur os en place. Sans la haine, ils s'écrouleraient dans la poussière pour ne plus se relever. Le vent les ferait disparaître dans une bourrasque. Il n'y aurait plus que le gémissement de leur femme dans la nuit. Écoute-moi, j'ai deux fils. L'un est la main, l'autre, le poing. L'un prend, l'autre donne. Un jour, c'est l'un, un jour, c'est l'autre. Je t'en supplie, ne me prends pas les deux.



RÉSUMÉ

Quand Amed pleure, Aziz pleure aussi. Quand Aziz rit, Amed rit aussi. 

Ces frères jumeaux auraient pu vivre paisiblement à l'ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s'empare de leur enfance et sépare leurs destins. Des hommes viennent réclamer vengeance pour le sang versé. 

Amed, à moins que ce ne soit Aziz, devra consentir au plus grand des sacrifices. Et tous payeront le tribut des martyrs, les morts comme ceux qui restent.

AVIS

Cet avis sera très différent de mes autres avis, tout simplement puisque je l'ai écris dans le cadre d'un cours de littérature. Après avoir vu la pièce de théâtre, j'ai eu envie de le relire, et comme j'ai le même avis que lors de ma première lecture, j'ai en quelque sorte décidé de recycler mon avis.

L'orangeraie, à la manière de son fruit, nous laisse en bouche une certaine fraîcheur acidulée suite à sa lecture. Dans ce dernier roman signé par Larry Tremblay et paru aux éditions Alto en 2013, le lecteur découvre la vie tourmentée de deux jeunes jumeaux prénommés Amed et Aziz. Toujours enfants, mais forcés de vieillir plus rapidement qu'il ne le devrait, ces jeunes garçons devront faire face à des situations atroces et notamment à l'arrivée d'un certain Soulayed, armé d'une mitraillette, venu remettre à leur père une lourde et étrange ceinture. Leur père, forcé de choisir l'un de ses jeunes fils pour la porter en hommage à leur Dieu, fera alors un choix déchirant. S'ensuivra une machination de leur mère, qui désapprouve les pratiques de son mari, de façon à garder ses enfants en vie. Les événements s'enchaîneront alors dans un crescendo infernal avant la grande explosion finale.

À travers la guerre qui fait rage dans un pays qui ne lui est pas révélé, le lecteur est amené à découvrir une vision du monde qui lui est inconnue. Au fil de sa lecture, il se surprendra à s'y conformer, et si ce n'est à l'accepter, tout du moins à la comprendre. C'est là que réside tout le génie de Tremblay, puisque les jumeaux font partie d'un monde de religion et de violence dans lequel les choix imposés ne sont même pas concevables pour la plupart des lecteurs, et pourtant, celui-ci se voit incarner les personnages si habilement créés par l'auteur, et par le fait même, évaluer leur choix.

L'orangeraie est un roman qui ne peut être lu que d'une façon, c'est-à-dire en une seule fois. À la fois révoltant et touchant, celui-ci amène le lecteur dans un monde dont il a maintes fois entendu parler, mais dont les fondements restent encore nébuleux pour lui. Au final, et pourtant malgré toute la noirceur qui règne dans ce livre, l'auteur a su représenter la fin comme un vrai vent de fraîcheur sur toute cette tristesse et cette colère, et apporte une dose bien appréciée d'espoir.


Extrait en page 25 & 26.

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