Table des matières

samedi 8 avril 2017

Damoclès

Madelyn Johnson est une jeune afro américaine de dix-sept ans. Elle grandit à Jackson, dans le Mississippi, l'un des États les plus ségrégationniste d'Amérique. Tout va basculer lorsqu'elle se verra confier par sa mère, employée en tant que bonne au sein de la famille la plus riche de Jackson, la lourde tâche de donner des cours particuliers à leur fils. Une mission à garder secrète quoi qu'il en coûte. Les Johnson devront non seulement faire face à la vie quotidienne dans le ghetto noir, mais aussi à l'absence d'un père qui a dû fuir le Klu Klux Klan il y a plusieurs années. Car dans le Mississippi, la peine de mort est la seule sentence pour les noirs coupables de quelque préjudice qu'il soit...




- Moi, la couleur noire me fait penser au chocolat. J'en mangeais à m'en rendre malade étant gamin, j'en étais fan. Je le suis toujours d'ailleurs, ajouta-t-il d'un air malicieux. Savais-tu que c'était la boisson favorite des rois?
Je fis non de la tête.
- Le noir me convient parfaitement, sinon comment pourrais-je admirer les étoiles la nuit? Comment pourrais-je m'endormir, moi qui ai absolument besoin d'obscurité pour rêver?

Extrait en page 65 & 66.




     Je tiens tout d'abord à remercier l'auteure, Fatou Ndong, ainsi que le site Livraddict pour m'avoir offert ce partenariat.

L'histoire débute avec Madelyn, une jeune femme de dix-sept ans vivant à Jackson, au Mississippi. Une jeune noire vouée à exercer le métier de bonne, tout comme sa mère, et toutes les femmes noires de son temps. Madelyn est toutefois un personnage au caractère fort qui espère mieux pour les siens. Malheureusement pour elle, celle-ci est amoureuse d'un jeune blanc venant d'une famille fortunée, qui plus est, ce qui, en cette ère de ségrégation raciale, peut s'avérer fatal pour l'un comme pour l'autre. L'histoire d'amour, bien qu'elle soit omniprésente, n'est pas l'idée centrale du livre, loin de là. Elle apporte plutôt les bases du racisme et du sort réservé aux gens partageant la couleur foncée de Madelyn.

Le livre ne se sépare pas en chapitres, mais bien plutôt en dates, puis en personnages. Nous avons donc le loisir de lire le point de vue de plusieurs personnages différents, bien qu'il y en ait de plus récurrents que d'autres. En règle générale, cette façon de faire m'a bien plu, même si elle m'a parue de trop à certains moments. J'aime toujours lire le point de vue de plusieurs personnages sur les mêmes événements, mais lorsque je me retrouve à lire trois pages contenant exactement les mêmes dialogues avec simplement quelques ajouts concernant les pensées et les ressentis d'un nouveau personnage, j'avouerai que cela devient malheureusement redondant. Cela ne se produit qu'à quelques reprises dans le livre, mais je crois que j'aurais préféré une autre façon de faire, comme par exemple faire revenir le personnage sur les événements en racontant seulement ce qui n'y était pas déjà.

Malgré cela, et comme mentionné plus haut, j'ai bien aimé que l'auteure laisse la place à plusieurs personnages, et qu'elle ajoute même une voix off à la fin de son roman. Cela m'a ainsi permis de découvrir les personnages sous plusieurs angles, et non pas seulement de la façon dont ils sont perçus par d'autres. J'ai aussi pu comprendre leurs motivations et m'attacher de plus en plus à certains, comme au personnage de Madelyn, et à justifier les raisons de ma haine envers d'autres dont je tairai le nom, de façon à ne pas révéler leur personnalité. Cette façon de faire à toutefois eu quelques désavantages au début puisque je dois avouer que j'ai mis un bon moment à figurer les liens entre tous les personnages, considérant leur nombre. 

L'histoire prend un bon moment à démarrer, ce qui permet de bien placer l'histoire, mais qui m'a aussi donné l'impression que rien ne se passait dans cette petite ville pour la première centaine de pages. Toutefois, les événements s'enchaînent pas la suite, dépeignant un triste tableau de la ville de Jackson et de la conditions de vie de ses habitants de couleur. C'est une histoire intéressante et des plus réelles. On peut s'imaginer ces actes se produisant dans la ruelle derrière chez soi ou dans la ville d'à côté, bien que la situation actuelles des noirs soit généralement mieux qu'elle ne l'était dans les années où l'histoire prend place.

La fin, par contre, m'a un peu dérangé. Je dois mentionner que je ne savais pas que ce livre est en fait le premier tome d'une série. Enfin, je n'en suis pas certaine, mais tout porte à le croire. Pour commencer, le dénouement de la fin, et le gros retournement de situation en ce qui concerne l'histoire de l'un des personnages, m'a plutôt déplu. Dans le contexte du livre, cette révélation me semblait lancée un peu rapidement et sans apporter de réelles implications, si ce n'est celles dont nous sommes immédiatement témoins. En prenant compte du contexte de série, toutefois, je peux envisager une bonne suite des événements, et il s'agit de quelque chose que je suis curieuse de voir évoluer. Puis, il y a la toute fin. Pour moi, celle-ci ne fait aucun sens puisqu'elle semble coupée en plein milieu. Il manque d'explications, de motivations et cruellement de contenu. Une fois encore, toutefois, placé dans un contexte de série, cela se révèle un choix de fin tout-à-fait pertinent, puisque cela force le lecteur à se lancer dans la lecture du deuxième tome puisque la fin du premier ne se suffit pas à elle-même.

En bref, il s'agit d'une bonne lecture qui pourrait bien représenter un très bon départ à une série qui continuera de m'intéresser, et dans laquelle je me lancerai probablement. Cependant, j'ai eu la chance de lire d'excellents romans sur le racisme et la ségrégation raciale, notamment la série Entre chiens et loups qui fait partie de mes séries coup de coeur, ce qui vient un peu affecter mon jugement. C'est pourquoi je finirai simplement en disant qu'il s'agit d'un très bon livre dans son entièreté, mais que lorsque comparé à d'autres, il ne se démarque malheureusement pas pour moi.