vendredi 10 août 2018

Faims










Patrick Senécal
Éditions Alire
593 pages
     Assassins, oui. Comme vous tous, comme tout le monde. Et hypocrites. Et lâches. Et envieux, débauchés, frustrés, égocentriques, vils, infâmes, assoiffés de pouvoir, d'argent et de luxure, couverts du vernis de la respectabilité pour mieux camoufler nos désirs qui nous rongent et nous tuent, dégoulinants de bonne conscience avec nos conjoints, nos enfants et notre boulot, et aveugles, volontairement et désespérément aveugles jusqu'à ce que la réalité nous crève les yeux et le coeur! Humains, depuis la caverne, depuis le serpent et sa pomme, humains jusqu'au bout de nos ongles de bêtes!

Bienvenue à Kadpidi, une petite ville tranquille située au coeur d'une région tranquille. C'est là que vit une petite famille tranquille, Joël, le père, est policier ; Martine, sa femme, est propriétaire d'une clinique vétérinaire. Leurs deux enfants sont maintenant des ados et, à la fin de l'été, Nicholas entrera au cégep, Émilie en troisième secondaire.

En ce second samedi de juillet, la trente-deuxième édition du Bal du Chien-Chaud bat son plein au parc Woodyatt et la journée est magnifique. Or, au même moment, le «Humanus Circus» arrive en ville avec ses quatre autocaravanes et ses trois fourgons tirés par des camionnettes. Bientôt, plus rien ne sera tranquille...
     Patrick Senécal est l'un de mes atuteurs favoris, et sans aucun doute mon auteur d'horreur préféré. Bien que je possède tous ses livres et que plusieurs se trouvent toujours dans ma pile à lire, j'ai tendance à n'en lire qu'un seul par année peut-être de façon à faire durer le plaisir inconsciemment. Le livre dont il est aujourd'hui question, Faims, se trouve dans ma pile à lire depuis sa sortie, c'est-à-dire depuis 2015. Évidemment, j'ai acheté ce livre pour son auteur, mais je crois qu'il m'aurait intéressé même s'il avait été écrit par quelqu'un d'autre, pour le simple fait que la trame principale du livre se déroule dans un cirque. Pour une raison qui m'est inconnue, ce lieu m'a toujours fasciné, et toutes les oeuvres dans lesquelles il y en est question piquent ma curiosité.

C'est donc avec l'arrivée d'un cirque pour le moins marginal que nous faisons nos premiers pas dans l'histoire. Un cirque seulement pour adultes, composé d'artistes ayant un passé trouble ; il y a de quoi attiser ma curiosité. Le cirque ambulant représente l'histoire première du livre, tandis qu'une autre histoire se déroule en trame de fond. Parallèlement à l'histoire se déroulant au sein du cirque, une enquête sur une série de meurtres est en cours, plaçant les artistes du cirque en plein coeur de la liste de suspects. Ce sont deux histoires qui se rejoignent, mais qui sont aussi intéressantes à suivre séparément l'une de l'autre. Les deux comprennent leur complexité, leurs protagonistes et leur propre fin, d'une quelconque façon. Je dois avouer que j'aurais envisagé une fin différente, où les deux histoires se chevaucheraient beaucoup plus, donc au final j'ai été agréablement surprise, et encore plus lorsqu'on considère le dénouement de l'enquête. Celui-ci nous amène à un retournement de situation que je n'avais aucunement envisagé tellement l'issu de l'histoire semblait évidente, et à une fin pour le moins dérangeante. 

Ce livre de Senécal contient beaucoup moins d'action que ses précédents, misant plutôt sur l'aspect choquant des descriptions des spectacles présentés par le cirque. Toutefois, il s'agit d'un livre beaucoup plus axé sur l'aspect psychologique des personnages, sur leurs pulsions les plus profondes et sur leur façon de voir et de vivre leur vie. L'histoire est notamment entrecoupée par des courts chapitres, chacun consacré à l'un des personnages du cirque, nous amenant à connaitre le passé de ce personnage et la façon dont celui-ci s'est retrouvé dans ce cirque non conventionnel. Il s'agissait de mes parties préférées, et j'avais toujours hâte d'y arriver pour mieux comprendre les personnages, leurs motivations et les raisons de leurs agissements.

Le personnage de Michelle, le seul récurrent des livres de Senécal, se trouve changé dans ce livre. Comme à chaque fois, j'ai aimé la retrouver, voir son évolution et ainsi pouvoir replacer les éléments dans le temps. C'est intéressant de voir son avancement psychologique d'un livre à l'autre, et je me demande bien où l'amènera le prochain livre.

Tout comme tous les livres de Senécal, celui-ci m'a beaucoup plu. Il apporte un regard différent sur les Faims qui sommeillent en chaque humain, et qui ne demande parfois qu'à être libérées. J'ai bien hâte de voir dans quoi me plongera le prochain livre de l'auteur que je lirai.

- Et vous, que désirez-vous? Quelle personne hante vos rêveries érotiques? Votre collègue de travail? L'ami de votre conjoint ou de votre conjointe? Votre voisin ou votre voisine? L'inconnu assis près de vous en ce moment? Vous, qui est votre fantasme? Tout le monde en a un...
Tout à coup, un projecteur de poursuite s'allume sur le visage d'un homme dans la salle qui cligne des yeux, déconcerté.
- Vous, quel est votre fantasme? répète la voix.
Le projecteur s'éteint tandis qu'un autre éclabousse de son faisceau la face d'une femme tout aussi ahurie.
La voix pose la question à plusieurs reprises, visant un spectateur différent chaque fois. Si un ou deux affichent un air goguenard et amusé, la plupart semblent embarrassés. Joël, pendant une seconde, craint soudain d'être la prochain cible, puis il se traite d'idiot. Il n'aura qu'à sourire calmement, c'est tout. Pourquoi cette peur ridicule? Mais après une dizaine de fois, plus personne n'est éclairé et la voix se contente d'articuler sur un ton ironique :
- Mentez aux autres si vous le voulez, mais ne vous mentez pas à vous-même...

Extrait en page 69.

jeudi 2 août 2018

Hantée, tome 3 : Le Cabinet des ténèbres








Shades of London, book 3: The Shadow Cabinet
Maureen Johnson
Éditions Putnam
384 pages






     Les fantômes hantent Londres. Une équipe spéciale, les Ombres, est chargée de contrôler ceux qui sèment le chaos et les empêche de nuire. Callum et Boo sont sous le choc du décès tragique et brutal de Stephen, le leader des Ombres. Mais Rory est persuadée qu'il existe un moyen de le ramener de l'au-delà.
     Le deuxième tome de cette série m'avait laissé sur un intense suspense, et sur un retournement de situation inenvisageable. Ayant laissé filé près de deux ans avant de finalement me lancer dans la lecture du troisième tome, j'avais plus ou moins oublié ce dont il était question. Toutefois, dès les premières pages, j'ai été replongé dedans tête première, et je me suis de nouveau frappé au mur qui s'était érigé devant moi lors de ma lecture de cette fin.

C'est donc en plein coeur de l'action que j'ai retrouvé les personnages. Je ne peux pas vraiment parler de l'intrigue principale sans révéler plusieurs éléments clés de l'histoire, je m'abstiendrai donc, mais disons simplement que cette intrigue m'a vraiment mise sur le bout de ma chaise. J'attendais toujours de voir ce qui allait se passer, et j'espérais profondément une fin heureuse. À cette trame principale s'en mêle une autre, qui est apparue lors du tome précédent. Les deux intrigues étaient extrêmement intéressantes, même si j'avais une certaine préférence pour l'une d'entre elles (ceux ayant lu le livre comprendront de quoi je parle, les autres je suis désolé pour ce charabia incompréhensible à vos yeux). L'histoire se développe en quelque chose de différent, auquel je n'aurais pas pensé simplement en lisant le premier tome, et même s'il ne s'agit pas de ce que j'aurais aimé lire à la base, cela reste une excellente lecture. 

Les personnages m'ont toujours autant plu. Leur personnalités sont bien développés, leurs agissements bien expliqués, et leur humour toujours aussi tordant, même si ce tome est nettement plus sombre que les précédents. J'ai aussi bien apprécié faire la connaissance de nouveaux personnages, et redécouvrir d'anciens personnages que nous n'avions pas vu depuis un moment.

Je croyais qu'il s'agissait du dernier tome de la série avant d'arriver à la fin de celui-ci. Considérant la fin, il est évident qu'il y aura au moins un autre tome, ce qui me plait énormément. J'ai commencé cette série sur un coup de tête, mais il s'agit de l'une de mes préférées, donc je n'ai pas tellement hâte de la terminer, je dois l'avouer.

jeudi 12 juillet 2018

The Hate U Give : La haine qu'on donne







The Hate U Give
Angie Thomas
Éditions Balzer + Bray
444 pages

     Starr a seize ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres entre gangs, la drogue et les descentes de police. Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic ; tous les jours, elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes. Mais tout vole en éclats le soir où son ami d'enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s'embrase, tandis que la police cherche à enterrer l'affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu'elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère ; et à redresser la tête.
     Je crois que presque tout le monde a maintenant entendu parler du livre The Hate U Give, encore plus maintenant que l'adaptation de ce livre sortira en salle cette année. Il s'agit d'un livre qui est extrêmement populaire en ce moment et qui semble plaire à tous, c'est pourquoi j'ai finalement décidé de l'emprunter à la bibliothèque, pour comprendre ce qu'il y avait de si exceptionnel avec ce livre.

Ce livre met en place une histoire d'actualité, poignante et véridique. Ce livre parle d'une réalité que je peux tenter de comprendre, mais que je ne pourrai jamais comprendre pleinement, en raison de la couleur de ma peau. Il y est question de racisme, de brutalité policière, de gangs et de survie. Malgré le fait que je ne pourrai jamais prétendre comprendre cette réalité sous toutes ses coutures, l'auteur apporte les différents sujets avec beaucoup de détails, d'explications et dépeint la vie de Starr, de sa famille et de ses amis d'une façon qui m'a permis de la comprendre, ne serait-ce que pour la durée d'un livre, et ce que j'ai lu m'a permis de voir cette réalité sous un nouvel angle, et d'appliquer cette perspective tous les jours de ma vie.

Le livre se passe aux États-Unis, et l'auteure fait référence à plusieurs événements ayant eu lieu au cours des dernières années pour mettre en place son histoire. L'histoire de Starr est touchante, déchirante, et malheureusement, on peut facilement imaginer quelqu'un d'autre à la place de Starr. On peut facilement penser à plusieurs autres événements dont nous avons entendu parler dans les journaux. On peut facilement ressentir la frustration de Starr ainsi que son désespoir en ne sachant pas quoi faire, en essayant de se faire entendre, mais tout en essayant de survivre dans un monde hostile. L'auteure a su dépeindre les sentiments d'une manière remarquable, et plusieurs phrases magnifiques et frappantes se retrouvent dans ce livre.

J'ai adoré la diversité des personnages présents dans ce livre. Il y en a de toutes les ethnicités, toutes les classes sociales, tous les genres. Chaque personne est façonnée d'une façon différente, avec ses forces et ses faiblesses, ses bons et ses mauvais côtés, et tous ont une personnalité bien à eux. Avec les personnages de Thomas, on tombe loin des clichés, et c'est ce que j'ai le plus aimé.

J'ai particulièrement aimé le personnage d'Hailey, une amie de Starr. Je n'ai pas aimé ce personnage pour sa personnalité ou ses caractéristiques, loin de là, puisqu'il s'agit d'un personnage extrêmement désagréable, mais je l'ai extrêmement apprécié puisqu'elle représente un type de personne que nous connaissons tous. Chacun d'entre nous peut facilement trouver quelqu'un lui ressemblant de près ou de loin dans son entourage. Ce personnage m'a aussi permis de me remettre moi-même en question, et de revoir certains commentaires que j'avais pu exprimer au fil des ans. C'est un personnage qui aide à s'ouvrir les yeux, selon moi.

J'avais de grandes attentes envers ce livre, suite à tous les commentaires élogieux que j'avais pu en lire. Ces attentes n'ont pas toutes été atteintes, en termes de lecture et de divertissement, même si j'ai beaucoup aimé ma lecture, mais celles-ci ont été largement dépassées autrement.
     Something's bugging me. I wanted to ask Uncle Carlos, but I couldn't for some reason. Daddy's different though. While Uncle Carlos somehow keeps impossible promises, Daddy keeps it real with me. "You think the cops want Khalil to have justice?" I ask.
Thump-thump-thump. Thump... thump... thump... The truth casts a shadow over the kitchen - people like us in situations like this become hashtags, but they rarely get justice. I think we all wait for that one time though, that one time when it ends right.
Maybe this can be it.
"I don't know," Daddy says. "I guess we'll find out."

Extrait en page 59.