mercredi 23 mai 2018

La Vague







The Wave
Todd Strasser
Éditions Ember
138 pages
     Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d'histoire, crée un mouvement, la Vague, aux slogans fort : "La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l'Action". En l'espace de quelques jours, le paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire : avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader, lui-même totalement pris par son personnage. Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration?
     Je ne sais pas pour vous, mais dans mon école secondaire, absolument tous les élèves, peu importe leur professeur, visionnent en classe le film La Vague, et ce, depuis plusieurs années. C'est donc en connaissant grossièrement l'histoire que je me suis procuré le livre et que je me suis lancé dans sa lecture.

Commençons par un peu d'histoire. En fait, pour ceux qui ne le savent pas, le livre, ainsi que le film, sont inspirés d'une histoire vraie, ayant eu lieu en 1967. Un professeur, qui n'arrivait pas à expliquer à ses élèves comment un régime tel que le régime nazi avait pu exister, a décidé de se lancer dans une étude expérimentale et de créer un mouvement nommé « La troisième vague ». L'étude s'est terminée de façon bien moins violente que le film, mais les deux oeuvres (roman et film) sont inspirés de la même histoire.

Donc, c'est grâce au film, en premier, que j'ai pris connaissance de cette histoire, et c'est donc avec un peu de déception que j'ai refermé le livre. En fait, le film s'inspire grossièrement de l'histoire de base et montre plutôt une histoire extrêmement romancée et beaucoup plus dramatique que ce qui s'est réellement produit. L'histoire a été adaptée pour être intéressante à regarder et pour divertir toute une panoplie de gens, et non pas seulement ceux appréciant regarder des documentaires.

Le livre, toutefois, est beaucoup plus près de la réalité. Il s'agit d'un bon livre, axé sur la psychologie des personnages et sur l'esprit impressionnable des adolescents. Il nous montre, en très peu de pages, l'importance de penser par soi-même et de ne pas suivre aveuglément un groupe simplement pour faire comme les autres et avoir l'impression d'appartenir à un groupe.

Il s'agit d'une lecture très intéressante puisqu'elle permet de comprendre plusieurs choses, notamment la façon dont une seule personne peut réussir à amener plusieurs personnes à poser des actes qu'ils n'auraient jamais commis par eux-mêmes et qu'ils savent répréhensibles. Toutefois, il s'agit d'un livre lent (celui-ci se déroule sur une semaine, et les jours sont vus du point de vue de plusieurs personnages) et contenant très peu d'action. Il y a un suspens de présent, puisqu'on se demande jusqu'où iront les personnages, mais c'est tout.

C'est donc une lecture que j'ai bien apprécié, mais qui, contrairement au film, ne m'a pas amené le sentiment du divertissement que j'espérais en commençant ma lecture, puisque malheureusement, j'ai vu la version romancée en premier.
"Laurie, if you study the types of people who join these cults, they're almost always people who are unhappy with themselves and their lives. They look at the cult as a way of changing, of starting over, of literally being born again. How else do you explain the change in Robert?"
"But what's wrong with that, Mom?"
"The problem is that it's not real, Laurie. Robert is safe only as long as he keeps within the confines of The Wave. But what do you think happens when he leaves it? The outside world doesn't know or care about The Wave. If Robert couldn't function in school before The Wave, he won't be able to function outside of school where The Wave doesn't exist."

Extrait en page 72.

Les magiciens, tome 1







Magician, book 1: The Magicians
Lev Grossman
Éditions Viking
402 pages

     Brooklyn. Quentin, dix-sept ans, est un adolescent brillant mais il ronge son frein, prisonnier d'un monde désespérément ennuyeux, en attendant d'intégrer une université de prestige. Comme il regrette le temps de son enfance où les Chroniques de Fillory l'entraînaient dans un univers magique où tromper son ennui! Mais sa vie se transforme le jour où, à sa grande stupeur, il est admis à la faculté de Brakebills, une école extrêmement élitiste et secrète qui forme des magiciens. Cinq années d'un rude et dangereux apprentissage l'y attendent. Mais le monde réel, même revu par la magie, n'apporte pas forcément le bonheur. Ce qu'il faudrait, c'est que l'univers de Fillory, celui des contes de son enfance, ne soit pas un monde imaginaire. Qui sait?...
     La série Les magiciens n'est pas une série extrêmement populaire, ni même connue, mais je suis tombée sur l'adaptation télévisée il y a longtemps de cela et j'ai tout simplement adoré. Lorsque j'ai enfin décidé de regarder la deuxième saison de la série, je me suis dit qu'il serait peut-être préférable pour moi de lire le premier tome, considérant que je voulais lire la série, de façon à ne pas me faire spoiler toutes les péripéties. Au final, c'est le livre qui m'a spoilé la deuxième saison!

En effet, le temps est un concept étrange dans ce livre. Bien que le livre contienne moins de 500 pages et que les pages semblent se tourner tranquillement, l'histoire se déroule sur plus de quatre ans. Nous entrons dans la vie de Quentin, un personnage assez troublé, et plutôt négatif, avant qu'il ne découvre l'existence de la magie. Nous suivons son évolution pendant toutes ses années d'études, ainsi qu'ensuite, ce qui apporte une immense vue d'ensemble de son évolution ainsi que de celle de ses camarades.

J'ai mentionné plus haut que Quentin n'est pas le personnage le plus rayonnant qu'il m'ait été donné de voir, et en fait, l'histoire complète est faite ainsi. Le livre est extrêmement sombre, étrange et voire même un peu... dérangé. L’atmosphère de cette lecture est plutôt difficile à expliquer, mais disons que ce n'est clairement pas pour tout le monde. Toutefois, le live n'est pas dépourvu de positivisme, et l'humour des personnages est très intéressant, mais il s'agit tout de même d'un humour noir, sec et sarcastique.

Ce livre m'a donné l'impression d'une réécriture d'Harry Potter et de Narnia, mais extrêmement pervertie. Les personnages évoluent dans une école de magie digne de Poudlard, mais les cours sont parfois assez étranges, et apparemment la survie des élèves n'est pas la priorité numéro un des professeurs de cette école. De plus, cette histoire comporte une sorte de mon imaginaire parallèle qui est une immense copie de Narnia, mais en très, très malsaine. J'ai eu beaucoup de plaisir à relever les similarités pendant ma lecture et c'est un monde que j'ai bien hâte de pouvoir découvrir encore plus.

J'ai lu ce livre en version originale, c'est-à-dire en anglais, et je dois dire que le niveau de vocabulaire est beaucoup plus élevé que ce que j'ai l'habitude de lire. Cela ne m'a pas dérangé, au contraire, j'ai trouvé la différence agréable. Ce livre n'est clairement pas destiné à un public jeunesse, et j'ai donc apprécié que la plume soit plus mature. Celle-ci reste très poétique, malgré la nature sombre de son récit, et m'a entraînée dès les toutes premières pages.

En bref, « étrange, malsain, pervers » sont les termes que j'utiliserais pour décrire cette lecture, mais pas dans le sens négatif de ces termes. Il s'agit d'une lecture m'ayant laissé une impression... étrange, que je ne saurais décrire, mais qui m'a effectivement plu. C'est donc sans hésitation que je lirai la suite de cette série.
He'd started that little speech speaking normally and he ended it shouting. In a way fighting like this was just like using magic. You said the words, and they altered the universe. By merely speaking you could create damage and pain, cause tears to fall, drive people away, make yourself feel better, make your life worse.

Extrait en page 331.

vendredi 27 avril 2018

Marquer les ombres, tome 1








Carve the Mark, book 1
Veronica Roth
Éditions Nathan
478 pages
     Dans une galaxie dominée par une fédération de neuf planètes, certains êtres possèdent un «don», un pouvoir unique.
Cyra, soeur du tyran qui gouverne Shotet, et Akos, de la pacifique nation de Thuvhé, sont de ceux-ci. Mais leurs dons les rendent, eux plus que tout autre, à la fois puissants et vulnérables. Tout dans leurs origines les oppose. Les obstacles entre leurs peuples, entre leurs familles, sont dangereux et insurmontables.
Pourtant, pour survivre, ils doivent s'aider... ou décider de se détruire.
     Je crois que la majorité d'entre vous connait déjà l'auteure de ce livre, Veronica Roth, ne serait-ce que grâce à sa série Divergent qui a été extrêmement populaire, autant sur papier que sur écran. Ayant beaucoup apprécié cette série, je me suis rapidement lancé dans cette nouvelle aventure, me doutant que je n'en sortirais pas déçue.

C'est en étant un peu déstabilisée que j'ai commencé cette lecture. Je n'ai pas l'habitude de lire des livres de science-fiction, ni même de regarder des films de ce genre, c'est donc avec un peu d'appréhension que j'ai commencé cette lecture se déroulant dans l'espace. L'histoire se déroule majoritairement sur une même planète, habitée par deux peuples, la nation de Thuvé et celle de Shotet. Bien qu'il y ai beaucoup mentions des autres planètes ainsi que de la façon dont le monde fonctionne, le concept de l'espace est plutôt peu exploité. Personnellement, ce n'est pas quelque chose qui m'a réellement dérangé, n'étant pas une fan du concept à la base, mais j'aurais facilement pu oublier que l'histoire se déroulait dans l'espace, sur plusieurs planètes, s'il n'était pas question à plusieurs reprises de vaisseaux spatiaux quelconques. L'histoire aurait facilement pu se dérouler n'importe où, et j'aimerais bien voir le concept un peu plus développé dans le deuxième tome, voir ce que cet univers peut bien apporter à l'histoire.

Toutefois, on sent bien qu'on est dans un autre univers et j'ai eu un peu de difficulté à suivre par moments. Il y a beaucoup de descriptions, des coutumes différentes et précises pour chaque planète et chaque peuple, les noms des personnages sont assez spéciaux, et ils sont plusieurs, ce qui peut faire en sorte qu'on se mélange, par moments.

L'histoire est excellente, entraînante et extrêmement bien ficelée. En commençant ma lecture, je dois avouer que j'avais peur qu'on tombe dans le cliché, deux êtres que tout sépare, qui devraient être ennemis, mais qui tombent amoureux à la place. Je ne vous mentirai pas en disant qu'on est loin du cliché, on est en plein dedans, et le résumé en fait même mention, mais malgré tout, j'ai trouvé que celui-ci était si bien amené qu'il n'en devenait aucunement dérangeant. On s'attendait au déroulement de l'histoire, mais on ne s'attendait peut-être pas à ce que les choses évoluent de cette façon. Les deux protagonistes sont liés par beaucoup plus qu'un simple amour, ils sont en quête de leur identité personnelle et l'un aidera l'autre à la trouver et à l'accepter, malgré tout ce que laisse entrevoir leur destin.

Les deux protagonistes sont intéressants et très attachants. Le personnage principal masculin, Akos, m'a particulièrement plu pour son développement psychologique. Au départ un enfant dans l'ombre de sa famille, il devient fort, prêt à se battre pour sa vie, et ayant une loyauté à toute épreuve. Le personnage principal féminin, Cyra, est un personne intelligent et extrêmement puissant, mais profondément blessé. N'éprouvant aucune loyauté et s'efforçant simplement de survivre, elle s'efface un peu derrière son son, qui semble la consumer, mais quelle finira par accepter et utiliser pour le mieux. Les deux se complètent, s'aident à grandir et à évoluer.

Il s'agit d'une lecture à la hauteur de mes attentes, autant pour les personnages que pour l'histoire qui a su me procurer un excellent divertissement. J'ai bien hâte de lire la suite et de voir ce que l'auteure nous réserve.

Du bout du doigt, il frôla le bord de la casserole. Je ne pus m'empêcher d'admirer la vivacité de son mouvement, la vitesse à laquelle sa main se rétracta dès que la chaleur devint trop violente. Je devinais déjà dans quelle école de combat il s'était entraîné : zivatahak, l'école du coeur. 
- Tu supposes que je suis brutale parce que c'est ce que tu as entendu dire, répliquai-je. Parlons un peu de ce que j'ai entendu sur toi. Es-tu un lâche à la peau tendre?
- Vous êtes une Noavek, persista-t-il d'un air buté. La brutalité coule dans vos veines.
- Je n'ai pas choisi le sang qui coule dans mes veines. Pas plus que tu n'as choisi ton destin. Toi et moi nous sommes devenus ce qu'on nous a fait devenir.
Et je sortis en frappant la chambranle du dos de mon poignet, cuir contre bois.

Extrait en page 103.